High Hope

Comme certains ont pu le remarquer, ces derniers mois ont été très difficiles pour moi et le sont toujours aujourd’hui. Je n’étais principalement présente que par coups de vent, et en partie pour vendre des meubles qui ne m’appartenaient pas… Ces meubles étaient la propriété de mon père qui est décédé il y a de ça un mois et demi maintenant… En ce samedi 24 septembre 2016, j’ai réalisé que mon frère et moi-même étions désormais sans parents.

Le décès de ma mère il y a 5 ans a déjà été une épreuve pour moi. Étant très proche de celle-ci, j’ai vu une partie de ma vie basculer. Je n’avais plus mon principal repère, ma principale confidente et également ma meilleure amie. Même si la relation que j’entretenais avec ma mère n’était pas simple dans les débuts, comme toute adolescente qui se respecte, avec le temps elle s’était avérée très constructive et bénéfique dans ma vie de jeune femme adulte. J’avais 21 ans et je ne savais pas que gérer le décès de quelqu’un allait être une guerre sans merci. Mon frère et moi étions les seuls héritiers dans cette affaire, et devoir s’occuper d’une succession à 21 ans n’a pas été chose simple. Pendant un an et demi, les rendez-vous chez le notaire, la paperasse administrative, la vente de l’appartement, ont accompagné mon deuil. Mon frère ne pouvant pas trop se déplacer à l’époque, j’ai préféré m’occuper de ça, toute seule. Et je ne regrette rien.
Je me suis vue grandir, peut-être un peu trop vite, certaines choses ne me faisaient plus rire, certaines personnes n’avaient plus leur place au sein de cette nouvelle vie. J’ai changé. Je ne sais toujours pas maintenant si cela est plus positif que négatif. Mais à ce moment-là, la Julie d’avant avait disparu et devait continuer d’avancer malgré tout. Pour mon frère, pour mon père, pour tout le monde.

Et maintenant, c’est au tour de notre père de s’en aller. Une maladie prévenue trop tard, qui l’a terrassé en 3 mois et demi. Le dernier pilier de notre famille a rejoint ma mère pour d’autres aventures. Et même si je savais que la maladie allait mettre du temps à se soigner, je gardais espoir quotidiennement. Mon père, ce grand homme toujours un peu bourru, avait au cours de ces dernières années retrouvé un peu de douceur et voulait profiter de sa vie une bonne fois pour toute, lui qui n’avait jamais eu une enfance facile. Mais la vie ne lui a pas laissé cette chance et a décidé de l’emporter loin d’ici. Ce samedi 24 septembre, une autre partie de ma vie a basculé mais cette fois-ci, je me retrouve seule à la gérer, personne pour me confier sur mes choix de vie ou autre. Tout ce que je ferai à l’avenir se fera sans la voix de mon père, sans le regard méfiant de ma mère, sans soutien familial. Car si pour certains le mot famille signifie beaucoup, au sein de la mienne il n’a jamais eu une grande signification au vu des disputes et autres brouillages de la vie. Nous n’avons jamais connu les longs repas de famille du dimanche chaleureux, les Noël magiques sous le sapin avec les grands sourires illuminés, les grandes fêtes d’anniversaires entre cousins. Nous restions tous les 4 dans notre coin, soudés et heureux.

14923081_10210865996716071_593852189_oCrédit photo : Caroline Mélia

Je ne sais pas si le décès de ma mère a permis de me construire en tant que femme mais, ayant été adoptés mon frère et moi, cela soulève quelques interrogations. Nous ne savons pas de base d’où nous venons, j’entends par là que nous ne savons pas à qui nous ressemblons par exemple. Quand vous vous regardez dans le miroir, vous relevez des traits physiques propres à vos parents. Nous non. Et maintenant, nos parents adoptifs, notre famille, n’est plus là également, et nous devons être confrontés au choix de ne pas avoir le choix. Ne pas avoir le choix de vivre. D’avancer. De nous élever dans notre vie d’adulte. Mais cela risque d’être une tâche difficile. La question qui me revient souvent, c’est de savoir que mes enfants n’auront pas le bonheur de connaître leurs grands-parents par exemple. Ils n’auront que des histoires, des photos, des vidéos.  Ils ne pourront jamais rencontrer les personnes qui m’ont donné la chance d’avoir une vie meilleure et de devenir la femme que je suis devenue.

Ce genre d’événement permet aussi de révéler les démons de chacun, que ce soit au sein d’une partie de la famille, de connaissance voire même de tes amis les plus proches. Les mots « amitié » et « soutien » n’ont jamais été aussi bien casés que dans ce moment-là. Et bizarrement, ce ne sont pas ceux dont vous êtes le plus proche qui sont là pour vous. Même si les paroles font beaucoup, les gestes manquent. Les personnes sont là pour vous. De loin. De peur d’être mêlées à ça, cette histoire qui ne les concerne pas. Et ceux qui sont favorables à vous donner un coup de main pour vider une maison ou autre sont très peu représentatifs. Vous vous rendez vite compte que vous ne pouvez compter que par vous-même. Et vous entendez cette magnifique phrase à longueur de temps « Comme je te comprends ». Et bien non. Heureusement pour toi, tu ne peux pas me comprendre. Et la compassion verbale fait des fois plus de mal que ton silence. Tu vas continuer à mener ta vie comme avant, à mépriser tes parents quand ils ne seront pas d’accord avec tes choix de vie, à te plaindre sur ton sort pour le moindre souci financier ou matériel, à juger la vie d’autrui, à te soucier de choses futiles et à en faire toute une histoire pour rien. Mais tu les chériras du plus profond de ton être quand ils t’auront offert le dernier iPhone, la dernière voiture, le paiement de ton loyer, la dernière paire de chaussures.
Je ne pourrais alors pas t’écouter. Ton monde sera malheureusement un peu trop éloigné du mien. Je te jalouserai en silence. Toi qui pourra encore les serrer dans tes bras, les entendre, les voir, les écouter. Je jalouserai tes repas de famille du dimanche ennuyeux. Tes grandes fêtes d’anniversaires entre cousins. Tes Noëls magiques avec la grande tablée et tous ces cadeaux sous le sapin. Oui, je t’envierai, mais espérerai toujours dans le fond que tu sois le plus reconnaissant possible avec ta famille. Que tu profites de chaque seconde, chaque minute, chaque instant, chaque journée à leurs côtés. Car certains d’entre nous n’aurons malheureusement plus la chance de pouvoir faire tout cela.

14958979_10210875941964696_23610368_oCrédit photo : Caroline Mélia

Je tiens quand même à remercier les amis, les vrais de vrais. Même ceux que je connais très peu et qui m’ont été d’un énorme soutien. Vous m’avez tellement apporté et vous m’apportez tellement encore. J’ai de la chance de vous avoir dans ma vie. Tellement de chance. Je suis désolée pour les sauts d’humeur, pour la nonchalance, je suis juste perdue et grâce à vous je retrouve petit à petit mon chemin. Je ne vous remercierai jamais assez. Je suis désolée aussi pour la propagande Facebook liée aux affaires de mon père, mais n’habitant plus dans le coin, il m’est très difficile, également pour mon frère, d’arriver à tout faire dans un laps de temps réduit et de gérer sur le côté nos vies respectives.  Je vous aime. Sachez-le.

Alors prenez soin de vous, prenez soin de vos proches, arrêtez de regarder votre nombril, et profitez. Profitez. Ne regrettez jamais rien. Et faîtes en sorte de toujours être fier de vous. De rendre fière votre famille. Amusez-vous. Et donnez à tous vos proches qui en ont besoin de l’amour.
Beaucoup d’amour.
Avant qu’il ne soit trop tard.

14923907_10210865997556092_1329962416_oCrédit photo : Caroline Mélia

 

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