IAN CAULFIELD

Crédit photo : Tim Costa

 

En juin dernier, j’ai eu le plaisir d’être invitée par les anciens collègues de Reims à la Magnifique Society. C’était ma première fois pour moi et j’ai passé un des week-end les plus chouettes de cette fin d’année. J’ai revu plein de copains, de connaissances, et ça m’a fait beaucoup de bien !
Dans le lot, malgré un évènement un peu triste survenu pendant ce festival, j’ai pu voir Ian dans son projet solo. Ian est un collègue de l’ombre, on s’est croisés plusieurs fois dans les couloirs de la Cartonnerie, d’Elektricity, et j’avais auparavant interviewé son groupe Rouge Congo ! J’avais déjà lu les articles parus aux Inrocks, j’étudiais la chose de loin, et le voir sur scène m’a complètement conformé dans le fait que c’était un très bon artiste.
Vu qu’il est mignon et gentil, je me doutais qu’il ne rechignerait pas trop à répondre à mes questions. Alors si vous voulez en savoir plus sur le phénomène pop Ian Caulfied (Pas de rap pour une fois) c’est maintenant !

 

 

Ian, comment vas-tu depuis la Magnifique Society ?

Ça va merci! J’ai eu la chance de jouer dans quelques autres festivals d’été et j’essaie de composer le plus possible en attendant la rentrée.

Il y a un certain temps j’avais interviewé « Rouge Congo le groupe dans lequel tu officies toujours aujourd’hui. Pourquoi avoir décidé de te la jouer solo d’un seul coup ?

C’était même la toute première interview du groupe si je me souviens bien! Il s’est déjà passé quelques années depuis et après une longue période passée derrière la batterie, j’ai commencé à ressentir le besoin de créer de manière plus personnelle, de raconter tout ce que je veux exactement comme je l’imagine. Et surtout, ça faisait des années que j’en avais envie. 

Sur scène il y a quand même une petite différence non ? Passer de 4 acolytes à toi tout seul en mode guitare/clavier ce n’était pas trop stressant ?

C’est effectivement très différent. Quand je suis derrière la batterie, j’essaie de donner du mouvement, de la dynamique et de rendre le live le plus vivant possible tout en faisant attention de ne pas empiéter sur les autres instruments.
C’est une toute autre concentration lorsque je suis seul face au public et que je dois raconter une histoire, plonger les gens dans un univers etc…

C’est clair que ça provoque un stress un peu plus intense. Mais c’est en même temps plus excitant!

Comment as-tu travaillé ta voix car chez « Rouge Congo » tu étais à la batterie et aux chœurs et là, tu passes leader. La transition « homme de l’ombre » à « devant la scène » n’a pas été trop hard à gérer ? Autant techniquement (baguettes/mic) que mentalement ?

À vrai dire, j’ai toujours aimé chanter et j’ai déjà été « leader » dans d’autres anciens groupes de lycée donc ça n’a pas été une découverte pour moi que de chanter dans ce projet. J’ai quand même pris un cours de chant il y a 4 ou 5 ans pour apprendre deux trois techniques de base. Mais je pense que ce qui m’a fait le plus progresser, c’est de rechanter toutes les chansons de rock anglais que j’ai pu écouter depuis mes débuts.

T’es-tu entouré d’artistes locaux en termes de conseils, de production, pour mener ce projet solo à la bien ? Je pense forcément à Guillaume Brière de « The Shoes » qui est partout, mais y en a-t-il eu d’autres ?

Guillaume m’a aidé à finir mon premier morceau et sa manière de faire m’a beaucoup inspiré par la suite. Je travaille aussi souvent avec Kevin Espich qui est toujours de très bon conseils. Pour le reste, je progresse en observant les autres en surtout en écoutant. Il y a toujours quelque chose à prendre chez tout le monde. En ce moment par exemple je travaille beaucoup avec Leoblomov, qui a un style d’écriture très différent du mien ce qui m’aide à élargir mon vocabulaire.

Tes musiques sont très mélancoliques, assez tristes, à la Jeff Buckley, Isaac Delusion. Qu’est-ce que t’essayes de nous raconter à travers celles-ci ? 

Il y a un thème qui revient très souvent, c’est celui de l’enfance perdue. Je m’inspire beaucoup de l’attrape-cœur pour parler de ça. Il y a une paire de chansons d’amour aussi.

J’ai été surprise de t’entendre sur un morceau très hip-hop lors de ta performance au Carré Blanc. Quelles sont tes principales influences musicales ? 

C’est une question difficile car ça évolue souvent. Mais si je devais résumer un peu les artistes qui m’inspirent en continu : Gorillaz, Childish Gambino, Lana Del Rey, Buckley, Kendrick Lamar, Ryuichi Sakamoto, Franck Sinatra

Crédit photo : Tim Costa

 


Es-tu du genre autodidacte dans toutes les décisions que tu prends ? T’es-tu rapproché d’un label, maison de 
disque ou tu préfères tout gérer en indépendant ?

Je procède souvent en indépendant pour le moment. C’est pour moi la meilleure manière d’éviter les déceptions que j’ai pu connaître auparavant dans certains contextes. Pour ce qui est des concerts  par exemple, j’ai trouvé une quarantaine de dates pour ma première année ce qui me permet maintenant de vivre presque exclusivement de ce projet. C’est un sentiment très fort de construire tout ça de son propre travail. Mais tout ça demande une énergie folle et j’ai hâte de collaborer plus sérieusement avec d’autres personnes pour me concentrer un peu plus sur mes morceaux.
Je suis en discussion avec quelques labels/tourneurs, on verra bien où ça peut mener.

Parlons maintenant de tes clips. J’ai adoré les deux plus particulièrement « Winter Leaf ». Comment les as-tu travaillés ? Comment arrives-tu à savoir quel type de visuel sera le plus percutant pour ta musique ? 

Déjà merci du compliment!
Je réalise pour l’instant mes clips tout seul, en m’aidant d’un ami vidéaste (Tim Costa) pour les tournages et les montages. Dans un premier temps, j’ai fait le choix de sortir les morceaux qui m’inspiraient le plus visuellement.

Pour Winter Leaf par exemple, je m’imaginais toujours quelqu’un qui court dans un champs sous la neige. Comme cette idée me restait, j’ai pensé à en faire un plan séquence. Ça m’a donné une base. Ensuite j’ai repris les paroles et j’ai essayé de les traduire sous forme de symboles visuels. Je préfère procéder comme ça pour laisser une part d’interprétation et limiter les difficultés techniques. Enfin, j’ai réfléchi à comment habiller mon personnage. J’ai donc cherché ce que portait Holden dans l’attrape-cœur et m’en suis inspiré.

J’aime cette idée d’incarner une sorte de personnage de BD qui porte toujours les mêmes fringues. Ça permet de créer du lien entre chaque clip.


« Maison Versailles » t’a-t-elle aidé dans tes projets ? Cette maison de l’amour remplit d’artistes de qualités dans laquelle tu vis et fais partie, c’est une force non négligeable quand tu es en quête d’inspirations ou de créations ? Parle-nous d’ailleurs ce projet « Le Lieu » qui ouvrira prochainement ses portes.

C’est en effet une belle source d’inspiration car chacun possède une manière bien différente de faire et penser la musique. Ça me permet de ne pas m’enfermer dans une seule vision, d’avoir des points de vue différents et souvent enrichissants.

Pour ce qui est du Lieu, je ne suis pas le mieux placé pour en parler car je n’en suis pas à l’initiative, mais c’est un chouette projet monté par la plupart de mes amis qui va regrouper cours et ateliers de musique, concerts, masterclass etc. C’est une alternative aux cours particuliers de musique où chacun aura l’opportunité de travailler son instrument avec d’autres élèves qui apprennent un instrument différent.
Cela permettra aussi aux groupes d’autres villes de trouver une alternative entre les salles de musique conventionnées qui ne programment quasi que des groupes émergents locaux et les cafés concerts où les conditions sont souvent limitées.


Qu’est-ce que tu penses de l’exportation impressionnante qu’ont certains musiciens rémois ? Je pense notamment à Flora (Fishbach) qui gagne en notoriété ou même dans un autre domaine Thahomey qui commence à ratisser les plates-bandes parisiennes.

Je pense que ce sont des artistes qui le méritent car ils ont su prendre les choses en main et n’ont attendu après personne pour développer leur projet. Flora m’a beaucoup inspiré dans sa manière de gérer son parcours.

Comment se passe tes scènes jusqu’à présent ? Tu es un peu partout dans le Nord-Est de la France. Bientôt d’avantage de dates parisiennes voire dans d’autres pays ? 

Mes scènes se passent bien en général. Les gens sont souvent calmes mais très attentif au projet. Le fait de ne pas avoir de backing band me faisait peur au début car j’imaginais que les gens trouveraient ça léger. Finalement les gens comprennent en général bien où je veux en venir. Je pense à un enfant qui un jour m’a dit « c’était un très beau spectacle monsieur ». C’est plus ou moins le plus beau compliment que je peux recevoir!

De nouvelles dates arrivent à la rentrée à Paris notamment avec Jeanne Added et un autre groupe très cool dont je ne peux pas encore parler. Sinon à Vitry, Reims, Chalons, Brest, Lyon, Nancy (Festival Nancy Jazz Pulsations)…

Pour ce qui est de l’étranger, j’aimerais bien m’organiser une petite tournée en Allemagne et en Angleterre.


Une approche d’EP ou d’album imminente ? Est-ce qu’il tournera autour de « L’attrape-Cœur » ou essayera tu de raconter tes propres histoires ?

Absolument ! Je prépare un premier EP que je sortirai probablement vers novembre/décembre. L’attrape cœur y sera très présent car la plupart des chansons qui y figureront y font toutes référence. Mon personnage est un mélange de Holden et de moi. Et je crois que j’ai aussi une partie de ce Holden en moi, donc il y aura toujours des petits rappels… En tout cas c’est ce que je peux dire du répertoire que j’ai pour l’instant. 

La suite, on verra!


Un petit mot pour la fin ? 

 Merci beaucoup! 🙂

Crédit photo : Vincent Arbelet


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