James Delleck

L’autre soir, j’ai regardé pour la énième fois le documentaire  » Un jour, peut-être : une autre histoire du rap français  » et je me suis demandée  » Mais que sont-ils devenus tous ces loulous ? ». Après plusieurs réflexions, les artistes qui m’avaient le plus émoustillé dans ma jeunesse étaient TTC, La Caution et pour finir, monsieur James Delleck. L’ayant dans mes « amis virtuels » Facebook, je lui ai demandé s’il était d’accord pour répondre à quelques questions…

1) Bon James, comment allez-vous ?

Souvent à cette question la réponse courte et polie est oui et toi ! Mais est-ce que ça va ? Mais à quel moment on décide de dire non ça ne va pas ?

Je vais bien, je ne suis pas gay à Orlando, je ne suis pas syrien à Alep, je ne suis pas un gorille à Cincinnati etc… Je vais donc bien !

2) Je me suis rematée une énième fois ce petit documentaire «  Un jour peut-être : une autre histoire du rap français » que j’adore. Dîtes-nous comment s’est construit ce projet ?

Je connais l’un des réalisateurs (Romain) il m’a demandé avec son équipe si je pensais que c’était une bonne idée et si je pouvais commencer à leurs donner les contacts de tout le monde. Je leur ai dit qu’ils n’y arriveront sûrement jamais, que réunir et interviewer toute cette faune serait impossible. Puis ils ont bossé 3 ans dessus, avec comme but de recueillir les mots de chacun mais aussi, en voulant « scénariser » le docu pour que la ménagère qui tombe dessus sur Arte arrive quand même à s’y intéresser. Mettre en ordre et raconter une histoire avec toutes ses interviews décousues n’a pas dû être simple et voilà peut-être pourquoi le documentaire prend une forme de pseudo-testament alors que nous sommes bien vivants.

3) Vous avez l’air un peu tous dépité concernant l’avenir de vos carrières respectives. Pour vous, honnêtement, qu’est-ce qui a fait que ça n’a pas débouché sur autre chose ?

Ton « autre chose » n’est pas forcément mon « autre chose », tes rêves ne sont pas les miens et je ne marche pas sur les rêves des autres. Si l’on regarde une vie à un instant « T » selon si tu tombes sur un haut ou un bas, ce n’est qu’un instant particulier. Nous sommes juste passé à côté des radios en fait, si elles avaient joué le jeu, nous serions les mêmes maintenant mais avec plus de zéros sur nos comptes en banques… Tout compte fait, on n’a pas échoué grand-chose héhéhé. L’expression « prendre du recul » est la meilleure méthode pour comprendre les choses qui nous entourent. Alors prenons de la hauteur : j’ai commencé le rap début 90′ à Vitry où j’étais dédié à n’être qu’un smicard de plus. La musique m’a construit en tant qu’humain, elle m’a faite rire, vivre, pleurer, suer, rire, saigner, crier … J’ai rencontré des milliers de personnes, j’ai vécu des tournées interdites aux moins de 18ans… Qu’est ce qui n’a pas débouché ? Une réussite « visible »? De l’argent, de la gloire de la visibilité ? Pas une semaine de passe sans qu’un inconnu me sert pas la main en me disant « James Delleck merci pour le taf ! »  Les enfants, les ruptures, les cabossages de la vie font que mon rythme de création est devenu moins frénétique depuis 5ans. Mais j’ai participé à beaucoup de projets intéressants (Théâtre : la république des drôle, des collaborations: Hustla, de la technologie Pigeon 360′, des évents: Gaité Lyrique, le Cimmfest à Chicago…). Je suis heureux moi héhéhé, j’ai une stabilité, un travail et c’est sereinement que je me lève le matin.

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Crédit photo : Thomas Babeau

4) Qu’en est-il pour vous aujourd’hui ? Quelle place occupe la musique dans votre vie ?

C’est une partie de ma vie et pas toute ma vie, j’ai un travail d’adulte (formateur chez Apple) j’écoute la musique mais aussi le monde, j’écoute les cœurs des sapiens, j’écoute la bêtise et la beauté. Comme dit mon ami Grems « j’ai pas besoin du rap pour vivre » et c’est là la clef de l’indépendance. Créer à ton rythme, ne pas se précipiter, ne pas bâcler dans un monde où il faut être LA au bon moment, à la bonne période avec les bons codes. C’est une course ridicule auquel certains ne participent pas. Je suis sur 2 principaux projets pour l’ instant, c’est un album Gravité Zero avec le jouage et un album solo Delleck. Sans contrainte de temps, le piège est que cela en prenne. C’est ce qui se passe mais nous sommes à la fin du gravité zéro et je pense qu’il sera estampillé  2017. « Pigeon » lui, donnait le ton des prods que je bosse en ce moment en solo.

5) Avez-vous envie de retravaillé avec d’ancien acolytes ? Ou alors pourquoi pas avec la nouvelle vague de rappeurs qui a fait son apparition ces dernières années ?

Je suis tout le temps en lien avec Cyanure, Jouage, Grems, Gérard Baste and Co …J’ai fait un featuring avec un marseillais Wapi ou un parisien Caillasse qui sortira prochainement, j’aime les rencontres réelles où se mélangent nos mondes. Il y a des gens talentueux qui peuvent être inspirants comme des JP Manova, Resinsky, Hypocampe Fou, A2H, Yasinth, Odezenne, Vald, s’ils me le demandent, nous mélangerons nos mots et nos sons!

6) Que pensez-vous d’eux d’ailleurs ? Les Nekfeu, Vald, Casseurs Flowteurs, Guizmo, Niro, A2H (et PNL, SCH, Jul …)

Est-ce bien important de penser quelques choses des gens des autres ? Dans le vomi, il y a des grumeaux moins amer que d’autres. Je n’aime pas les rebelles mondains, les gens qui prennent la posture. J’aime les artistes sincères, pas les masques. Mais les PNL SCH JUL représentent un rap à 3 lettres, à 3 notes, une petite musique pauvre. C’est un peu du rap siliconé gonflé au botox. Comme si, perdu pour perdu au niveau du talent, ils allaient à fond dans le fake avec des prothèses mammaires sur la langue. Ils représentent la sociologie du monde moderne, comme la poésie d’une bimbo de télé réalité.

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Crédit photo : Thomas Babeau

 

7) Qu’est-ce que vous pouvez nous dire sur votre clip « Pigeon » fait en 360° ? Avez-vous un message subliminal à faire passer ?

« Pigeon » est un hymne … Nous sommes tous le pigeon de quelqu’un. Il n y a pas de message subliminal, il n’y a qu’à écouter le texte. Je ne suis pas de  la race des rapaces. Je ne suis qu’un sapiens écrasé par le temps. On me manipule, On me vole, On m’arnaque … En somme, je suis un citoyen, voilà en clair ce qu’est un pigeon.

Un individu cadré à qui l’on a fait croire qu’il vivait dans une société appelée démocratie. L’école, puis le travail, la politique, la psychologie, la diététique, la philosophie, le sport,  fabriquent des hommes qui ne pensent pas par eux-mêmes. Nous sommes dans la matrice de Matrix.

Et pour la forme qu’a pris le projet « Pigeon »,  je voulais être le 1er à utiliser une technologie qui n’existait pas il y a 2 ans. C’était un challenge de réaliser le 1er clip urbain français à 360° alors qu’il n’existait pas encore de caméra à ce moment. Il a fallu tout inventer, tout réinventer, un langage narratif et une nouvelle façon de voir la musique. Heureusement j’ai été accompagné par HoramVR qui a réalisé cette prouesse et qui m’a permis de défendre la France à des festivals comme le Cimmfest à Chicago en 2016. J’aime être là où on ne m’attend pas et étant bien trop geek, il m’était évident de tomber là-dedans. C’est une belle fierté d’avoir participé à la naissance de la réalité virtuelle en matière de vidéo clip.

8) Votre parcours d’ingénieur du son vous a toujours démarqué face aux autres. A triturer les synthétiseurs comme personne dans la composition de vos morceaux. Si un nouvel album est en préparation (et je le crois bien), vous amuserez-vous toujours autant avec eux ?

Je ne suis pas ingénieur du son de formation, mais j’ai de grosses notions. J’aime les sons, les courbes, la théorie. J’aime la réalisation artistique et musicale. J’essaye de ne pas être un esclave dans mon quotidien donc dans ma musique, j’essaie aussi d’utiliser les codes pour refabriquer du neuf. J’ai hâte de vous faire écouter le « Gravite Zero » qui va être ultra geek !!!! Un album délirant fait qu’avec des références générique et BO des films ou dessins animés des années 80/90 !

Pour mon solo ça sera plus personnel et j’ai fait place à plus d’émotivité, plus de réalisme. Il sera plus intime et sera basé sur ma principale lubie, le TEMPS. Il y aura une succession de morceaux qui amalgamera des périodes, des époques. C’est mon projet le plus ambitieux, au point où je me demande quoi faire après hahaha . Je prends du temps à le faire parce qu’ il ne rentre dans aucune case, aucun genre et il est rare d’écouter quelque chose qui apparaît comme une nouvelle saveur, comme une couleur qui n’existait pas avant. Tout cela est bien présomptueux mais je vis cette création comme ça, il faut qu’ elle sorte de ma tête ça devient vital.

9) Avez-vous toujours un problème avec les majors qui d’après vous, font avancer la musique aujourd’hui ? Enfin avancer, c’est un bien grand mot, mais disons qu’elles détiennent malheureusement un gros monopole sur les accords en passage radio, etc…

De quoi parle-t-on ? Les méchantes majors et les gentils artistes underground ? Hahahahaha non mais soyons sérieux, les majors n imposent plus rien depuis les années 90′ c’est les artistes eux-mêmes qui s’auto-formatent. Personne ne rentre dans un studio en disant « Jul, tu vas me faire de l’auto-tune !!!!! ». Les gars ne font que répondre au code de mouton de l’époque. Les radios sont plus à mettre en cause pour la non diffusion et le manque de diversité. Le choix, il y en a,  il y a des tonnes de musiques géniales qui n’atteignent pas leurs publics.

10) Faites-moi plaisir, dis-moi que vous allez bientôt revenir sur le devant de la scène. Et qu’est-ce que vous avez à dire à tous ceux qui ne vous connaissent pas ?

La scène c’est une version vitale de la musique; je défendrai autant que possible les projets qui viennent. C’est une évidence : devoir être en live avec les gens c’est le partage ultime…

A ceux qui ne me connaissent pas ? Bien, soyez curieux, googleisez, fouinez, Internet est devenu comme la télé ou la radio ! On nous dit quoi penser, quoi écouter, quoi fowarder… Il y a un monde de création pour ceux qui savent le voir.

Ma musique n’est pas mieux que les autres, elle est juste différente et dans la bouillie du 21ème siècle, ce n’est déjà pas si mal !

Venez sur ma page Facebook on rigole bien…

 

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Crédit photo : Thomas Babeau

 

 

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Et pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle…

1 Comment

  1. Graouu 21 mars 2017 at 14 h 51 min

    Merci ! On attend la suite James ! Merci pour l’article Melle Gloomy.

    Reply

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