LEA DJYL

Enfin une interview de meuf haha ! Toujours en pleine nostalgie de ma ville natale, je me suis remémorée mes souvenirs de danseuse du Bronx. J’ai pratiqué la danse classique, contemporaine et modern jazz pendant 12 années, conservatoire et autres écoles en parallèles, et je me suis rappelée de Léa. Léa est une vague connaissance mais je me suis toujours intéressée de près à son parcours de « meuf du hip-hop ». J’ai toujours checké secrètement toutes ses vidéos, ses battles etc… Et j’ai toujours kiffé ce qu’elle faisait.
La belle dame a bien voulu répondre à mes questions, sur son parcours, et sur la place de la femme dans cet univers assez riche en testostérone qu’est le milieu du hip-hop parisien.

 

 

 

 

1) Comment vas-tu Léa depuis le temps ?
Salut Gloomy, ça va bien et toi? C’est vrai que ça fait quelques années que l’on s’est pas croisée en vrai!

2) Tu as fait tes armes avec Pouss’One à Reims. Raconte-nous un peu cette aventure à ses côtés ? Pourquoi ne pas plutôt avoir décidé de travailler aux côtés d’Ismaël ? (Footzbeul/Studio 511)
J’ai commencé les cours avec Pouss’One en 2005, ma belle mère m’y avait inscrite car cela faisait plusieurs années que je voulais “faire du hip hop” sans pour autant savoir ce que cela signifiait. Et dès le premier cours? j’ai plongé dedans, la pédagogie de Franck était top, et très axée sur le freestyle, ce qui m’attirait le plus. J’ai pris 4 ans de cours avec lui, il a monté une petite compagnie amateur “Growin Up” avec laquelle on a fait pas mal de prestations dans la région. Il m’a également poussé a faire mon premier battle, ce qui m’a conduite à en faire des tonnes, à aller en soirée. Et de mes 18 ans à mes 20 ans, on allait quasiment tous les week-end faire les événements en Europe, il emmenait avec lui les élèves motivés, devenus ses amis, j’ai fait tellement d’évent avec lui!

Comme je l’ai dit, on m’a inscrite au cours de Franck, on va dire par hasard, mais heureux hasard car j’ai tout de suite accroché. J’ai rencontré Ismaël quelques temps après, on se croisait (le monde des danseurs est petit à Reims), il était bboy. Je n’étais pas spécialement intéressée par le break et ensuite, quand il s’est mis au debout, ni sa pédagogie ni sa proposition artistique ne m’intéressait, je suis donc restée aux cotés de Franck.

3) Comment t’es née cette passion pour la danse hip-hop ? Avais-tu essayé d’autres registres avant ? (Classique, contemporaine, danse de salon, etc…)
J’avais essayé d’autres danses/d’autres sports (cirque, rugby, contemporain, classique, jazz..), mais le jour où j’ai commencé le hip hop (je crois que le premier cours on a appris la vague des bras), c’était la fin, ou plutôt le début, j’avais trouvé le truc qui m’animait, qui me rendait vivante.

J’ai fait pas mal de cours de salsa quand j’étais à la fac, j’ai repris aussi 2 ans de classique quand j’ai eu 18 ans afin de comprendre certains placements dans mon corps. J’aime les danses de salon, mais ce n’est pas la même passion, le même feu.

4) Ton départ à Paris a pas mal fait bousculer les choses. Cela n’a pas été compliqué de s’y faire une place ou avais-tu déjà un petit réseau sur place ?
Je n’avais aucun réseau, je voulais aller à Paris pour danser, mes parents m’ont demandé de faire une formation plutôt que d’y aller en freestyle, j’ai choisi la Juste Debout School.

5) J’avais déjà entendu parler de la Just School et je n’y ai entendu que de bons échos ! Quel as été ton ressentit d’intégrer cette école ? On y apprend vraiment beaucoup plus de choses ?
Pour ma part, c’est le meilleur choix que j’ai fait dans ma vie artistique, ça a déterminé tellement de choses par la suite, que ce soit la connaissance, les rencontres, les expériences.  

On y apprend énormément si on est disposé à travailler au début de manière un peu militaire, puis de s’émanciper petit à petit. C’est difficile d’engranger le maximum de savoir en 3 ans, et de te développer personnellement pendant la même période, mais c’est un beau challenge.

6) Non seulement tu danses mais tu crées également ! Te voilà à la tête de la compagnie « DIRTY LAB » depuis 2015. Qu’est- ce qui t’as poussé à monter ton propre projet ? La concurrence n’est pas trop rude ?
J’avais besoin de dire des choses sur scène, j’ai proposé à des amies de me suivre, elles ont dit oui, et cela fait 3 ans!!!

Il y a beaucoup de monde, mais je reste persuadée que chacun est différent et que chacun peu faire sa place.

7) Quand j’ai commencé la danse, ma source d’inspiration était Mia Frye. Je n’avais d’yeux que pour elle. Il y avait bien sur d’autres stars à l’américaine telle que Ciara, qui danse admirablement bien pour moi. Qu’en est-il pour toi ? De qui t’es-tu inspirée gamine et de qui t’inspires-tu aujourd’hui ?
Ma première inspiration a été la femme de mon père Nadia, qui est danseuse jazz/contemporain, j’étais fan de Flashdance. Puis quand j’ai commencé la danse avec Franck, qui m’a ouvert les yeux sur un monde que je ne connaissais pas, il m’a parlé de tous les danseurs connus etc. J’ai eu un déclic en voyant une vidéo de Bruce, ce qu’il faisait était magique, j’ai décidé qu’un jour je danserais pour lui, que je voulais apprendre ce qu’il faisait.

8) Vois-tu plus la danse comme un art ou comme un sport ?
La danse est un art. Mais dans une certaine mesure, un sport poussé à l’extrême peut être un art également dans la manière de le pratiquer etc..

Je pense que tous les danseurs ne sont pas des artistes, l’art est un état d’esprit, une façon de vivre, en totalité, pas seulement le hobby que tu as le week-end. L’art est pour moi la chose la plus importante, sans lui je ne vis pas, et tout dans ma vie tourne autour de lui, que ce soit la danse ou autre chose, j’ai toujours besoin de créer.

9) Qu’essayes-tu de transmettre dans ta danse ? Quel message « sans textes » veux-tu que les gens perçoivent ?
Je passe énormément de temps à travailler “ma danse” mais également à travailler “sur moi”. Je suis intimement convaincue que pour être en phase artistiquement il faut l’être dans la vie, et que les meilleures sensation que je peux ressentir ou donner au public n’arrivent seulement que lorsque je m’accepte. J’essaye de transmettre un message de sincérité, d’acceptation, que la beauté vient du dedans, que le travail permet l’épanouissement, qu’il ne devrait pas y avoir de tabou, ni de jugement. Qu’on a tous des peurs mais qu’elles ne sont pas des freins à la vie.

10) Ta compagnie DIRTY LAB est essentiellement composée de femmes. Pourquoi ? La gente masculine est déjà assez trop présente dans ce milieu ?
C’est vrai que c’est un milieu masculin, pour ma part toutes mes inspirations, mes profs, mes mentors ont été des hommes. J’ai ressenti le besoin à un moment de m’extraire de cette masculinité pour me faire ma place en tant que femme, tout d’abord en moi même, puis de faire danser les femmes, et enfin de revendiquer une gestuelle, une identité qui pour moi est différente, de par notre sensibilité, nos corps, ou encore notre façon d’aborder les choses

11) Pourquoi avoir choisi un format court pour ta création « Et maintenant » ? Quelle est son histoire ?
J’ai compris que je suis comme ça, je suis efficace dans les formats cours. Quelle que soit la chose que je crée, je me perds dans la longueur. Je n’arrive pas à écrire des textes longs, quand je travaille trop longtemps sur quelques chose je perds le fil.

12) En parlant de femmes, y a-t-il un machisme assez présent dans le milieu du hip-hop ou tout le monde est assez solidaire ? Prend-on la femme un peu plus au sérieux que dans d’autres domaines ? Explique-nous ton point de vue sur la place des femmes dans le milieu artistique.
Je pense qu’il y a un machisme inconscient dans tout, dû à l’histoire, à la société, le hip-hop n’est pas épargné. Le seul problème, c’est que comme c’est un milieu artistique, la majorité se pense plus ouvert, ce qui est vrai pour certains mais par pour tous, du coup c’est difficile de leur ouvrir les yeux. Mais ça vient avec le temps.

Et pour moi ça ne suffit pas de dire “il y a du machisme” c’est aussi aux femmes de se défendre et de s’imposer, les tords sont toujours partagés.

13) Concernant les battles, les soirées, etc…Comment se passe l’organisation d’un tel projet ? Quel est le but à la clé ? Financièrement parlant, cela reste difficile à gérer ? J’ai l’impression qu’il y en a pas mal déjà implantés dans la capitale.
Pour ma part tous les projets que je fais sont en autofinancement (sauf le Frip Hop que j’organise pour la JD), du coup oui faut se débrouiller, je ne cherche pas à gagner de l’argent, j’ai de l’aide de mes potes qui me suivent à chaque fois dans mes nouvelles idées. Le tout, je pense, est d’être organisée. Si dans la vie t’es bordélique, c’est compliquer de gérer un projet. On va ressentir dans l’orga que la personne n’est pas carré, n’as pas prévue certaines choses etc.

14) Dans l’interview de Vicelow, celui-ci nous parle de son projet « I Love This Dance » qu’il organise depuis plus de 10 ans. Y as-tu déjà participé ? As-tu également fait des battles à l’international ou juste voyager pour ta culture personnelle ? La culture de la danse est-elle la même partout ?
Je n’y ai jamais participer, j’y suis allée en tant que spectateur 2 fois, mais j’aimerais beaucoup m’y produire. Le concept est très cool.

J’ai fait pas mal de voyages, surtout cette année, (je taffais sur la tournée du JD) du coup j’ai pu voir pas mal de pays différents, et chaque pays a sa propre histoire, culture hip-hop, la vibe est très différente en fonction des endroits. Ce que je trouve normal, car pour moi c’est connecté à l’histoire (culturelle ou pas) de l’endroit où l’on se trouve.

15) Qu’est-ce que tu nous préparer pour l’année à venir ? Où te vois-tu dans 10 ans ?
Cette année j’ai plusieurs objectifs personnels, je travaille quelque chose de précis dans ma danse, je veux perfectionner mon pop.

Avec le collectif Minuit 15, qui réunit beaucoup de monde, nous avons des projets de shows, soirées etc.. (collectif de danseurs et musiciens/dj/rappeurs etc)
Nous continuons le travail avec Dirty LAB et d’autres projets se montent petit à petit.Dans 10 ans, je serais probablement en train de monter d’autres projets, d’autres événements, un peu partout, de continuer à apprendre, à me passionner et à créer.

 

16) Le mot de la fin ?
Laissons émerger nos idées.

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