PIRE MASTAA

 Crédit photo : Vince Vdh

 

Cela faisait un petit moment que je n’avais posté ici. J’ai profité des petites vacances de fauchées que je me suis permise et cela m’a fait énormément de bien. Hâte de voir ce que le mois d’août me réserve mais pour l’instant, (presque) tout va pour le mieux ! (J’y reviendrais dans un prochain article).
J’ai eu envie de parler de l’ami Pire Mastaa, qui est un peu devenue une figure incontournable du rap game rémois. Au final quand on se voit, je rigole beaucoup certes, mais l’aspect sérieux de son travail a toujours été un mystère pour moi. Du coup, j’ai demandé au « montgaule » si il était opé à répondre à mes questions et à éclaircir l’esprit de ses plus grands fans.

Pour le territoire hip-hop rémois, tu es connu comme le loup blanc. Mais pour ceux né bien après la coupe du monde 1998 c’est un peu plus compliqué. Comment te décrirais-tu ?

Ça y est je suis un ancien alors ? C’est dur à 26 ans… Moi c’est Pire Mastaa j’ai commencé le rap (textes et enregistrements) en 2007, les instrus en 2009, j’ai sorti une mixtape « La Dose vol.1 » avec mon collectif 51SANG en 2012, et ma première mixtape solo « Débordements » en 2017, toutes deux dispos sur Haute Culture. Je fais plein de trucs et je prends tout ce qu’il y a à prendre et prochainement (rentrée 2018) je sors mon premier album solo sur les plateformes et en physique, accompagné de plusieurs clips et dates pour le défendre, et là même les bébés sauront qui je suis !

Comment ça se passe au niveau des études ? Certains voient en toi un mec qui rap dans son tiekar et qui fout le bordel sur scène, mais moi je connais la phase du mec qui cartonne en L.E.A.

Bien sûr, le rap c’est une passion mais c’est pas facile pour que ça remplisse un frigo et en France pour être un peu pris au sérieux faut un papier pour dire que tu l’es et ça s’appelle un diplôme… Donc voilà je charbonne aussi de ce côté là. J’aimerais être ingé son. Rappeur c’est cool mais c’est difficilement un métier et c’est plutôt ingrat.

Plus sérieusement, tu as fait de ton appartement un vrai studio d’enregistrement et tu t’es la plupart du temps débrouillé tout seul. De quoi a-t-on besoin pour démarrer dans de bonnes conditions ?

De maîtrise technique et d’inspiration, le tout encadré par un travail sans relâche je dirais. Mais le côté « je fais tout tout seul » c’est lié avec l’époque à laquelle j’ai commencé. On n’avait pas de studio à tout les coins de rue et c’était très cher et pas forcément trop ouvert sur le rap, maintenant ça va mieux (salut Sans Tord). J’ai mon studio et quand je partirai de Reims, je pourrai travailler solo même sans réseau et sans dépenser des thunes.

Qu’est-ce que c’est pour toi le rap ? Pourquoi avoir choisi d’évoluer en solo ?

C’est la passion que je pratique mais aussi ma musique préférée. C’est un super prisme à travers lequel regarder tout le reste de la musique car ça renvoie à plein de références (à travers les samples par exemple ou dans les textes des rappeurs les plus lettrés) et ça se marie avec plein d’autres genres de musique surtout récemment (les afrobeats, le métal, l’électro etc) donc ça condense un peu tout ce qui peut se faire c’est intéressant. Je suis en solo parce que mes frérots de l’équipe  (RD‘, MKP, RSK, Bazik & K-rizm) pouvaient plus trop avoir le temps de pratiquer comme moi donc je continue solo mais dès qu’ils veulent revenir, j’ai laissé la place. Ensuite, solo au niveau des scènes aussi, quand tu fais trop de featurings, c’est difficile de défendre un morceau tout seul s’il est fait à plusieurs à la base.

Tes lyrics sont très brutes, assez agressives et parlent essentiellement de ta vie, de ton quartier Chalet-Tunisie qu’on ne présente plus, des frérots, de la drogue. Bref, de la rue, la vraie (haha). Et le love dans tout ça ? Est-ce primordial de parler de ces sujets pour devenir un « bon rappeur » ?

Je suis trop pudique pour parler de quoi que ce soit de « love » ou de meuf pour l’instant, c’est trop perso en plus. Non c’est grave pas primordial pour être bon en vrai j’essaye même d’en sortir pour parler de sujets plus généraux qui toucheraient plus de monde. Mais c’est dur de sortir du quartier, et de sortir le quartier de toi…

T’es plutôt du genre à écouter l’instru et à bosser tes lyrics après ou l’inverse ? Est-ce que l’instru guide ton sujet de réflexion ?

Non ça peut commencer dans n’importe quel sens, surtout que je fais moi même mes instrus. Alors parfois, j’écris des trucs à droite à gauche même sans instru et ensuite je fais une prod sur mesure ou alors je fais une prod qui tue et je cherche à écrire dessus ou parfois même j’ai un texte que j’aime, une instru que j’aime, je trouve qu’ils vont bien ensemble alors j’en fais un morceau… C’est aléatoire. Par contre un truc qui est vrai c’est que j’écris quasiment plus depuis presque 4ans, l’inspi m’a quitté (cette pute) alors s’il y en a qui veulent prier pour mon inspi faites le hahaha. Pour ceux qui veulent savoir comment je sors encore des morceaux, j’ai rempli genre 5 cahiers de rimes entre mes 16 et 18 ans (et ceux qui m’ont déjà vu écrire savent que j’écris minuscule) alors j’ai de la matière… mais bon l’inspi c’est trop plaisant, vite qu’elle revienne !

L’arrivée d’artistes comme Vald, Nusky, Lomepal, Ichon, et la place de l’autotune (même si certains que je viens de citer n’en utilisent pas), ça évoque toi pour toi ?

Bah que la musique rap c’est une musique maintenant et plus seulement un courant alternatif ou marginal, c’est plus seulement la musique des noirs américains comme dans les années 80 ou des pauvres et des gens de cité comme dans les années 90 en France, mais la musique de toute une génération simplement. Donc ça tue, y en a pour tous les goûts ! Je suis pas fan de tous les mecs que t’as cité là même si y a certains de leurs morceaux qui sont vraiment bons mais c’est normal d’avoir de tout justement. Par contre Vald j’accroche vraiment bien alors qu’au début c’est limite si je détestait (Xeu meilleur album de 2018 pour l’instant pour moi)

Ta musique fait partie du rap » des anciens » comme certains aiment le dire à la Booba, Assassin, Pit Baccardi ou encore Kaaris. Ils font partie de tes influences musicales ou t’es-tu inspiré de sonorités venant d’autres milieux musicaux ?

J’ai rien à voir avec les anciens en vrai arrêtez j’ai 26 ans stop ! C’est jusque j’ai un respect pour la culture dans sa globalité et j’ai bouffé certains classique assez tôt parce que certains de mes meilleurs amis avaient des grands frères de 10 ans nos aînés et ils nous ont fait une éducation en quelques sorte. Mais sinon moi je veux grave être dans la tendance et à la mode (LAULE) j’ai toujours été le montgaule sur le técô moi aussi je veux être classe heheeeee. Sinon pour les influences, ouais Booba, jusqu’à Ouest Side je dirais mais surtout pendant Lunatic, Assassin pas du tout, jamais trop accroché, Pit Baccardi certains morceaux j’ai kiffé mais pas du tout une influence et Kaaris c’est celui que je préfère de ta liste, j’aime bien l’écriture et le choix de ses prods, bien évidemment celles les plus brutes, pas les sons destinés aux chichas qui me touchent pas du tout. Par contre le modèle Kaaris est rassurant pour les rappeurs on va dire parce qu’il a percé tard cet enfoiré ! Ça veut dire t’es pas obligé d’avoir 16-20 ans pour percer !

Concernant la production, tu fais essentiellement tes instrus seul-tout, mais tu t’es rapproché de Jayel et de Sans Tord. Raconte-nous la relation que tu entretiens avec ces deux pionniers de la production hip-hop rémoise ? Ne trouves-tu pas que la création musicale est un peu niquée par les ordinateurs aujourd’hui ? A quand un album à la « Lipopettebar » d’Oxmo (accompagné de The Jazz Bastards).

Alors ouais je fais mes prods solo mais je vais me diriger de plus en plus vers des collaborations (surtout avec des beatmakers de la ville) histoire de changer un peu d’univers… La relation avec Jayel, y a la relation Rappeur/Beatmaker pour « Loup Blanc » par exemple et aussi avec d’autres morceaux prochainement, mais c’est surtout une relation Rappeur/DJ qu’on entretient pour l’instant puisqu’il officie en tant que DJ sur mes grosses dates. Là on se tourne vers une relation Rappeur/Ingé son puisqu’il va faire le mix final et le master de mon album. Par contre, je le connais (et lui casse les couilles) depuis presque 10 ans à l’époque des open mics qu’il organisait à l’Excalibur et au scènes dans les MJC et place d’Erlon… Avec Sans Tord la relation c’est plus Rappeur/Ingé son puisque j’enregistre chez lui et mixe quelques sons chez lui aussi. Et pareil lui je le connais depuis quelques années puisqu’il était juste en bas de chez moi (LOS AN JAURÈS MA COUDE). Sinon bien évidemment nos relations sont amicales, ça nous arrive de parler d’autre chose que de musique (si si c’est vrai). Je suis mal placé pour parler de création musicale créée par ordinateur puisque j’ai JAMAIS fait de musique sans ordinateur… Si je dois faire un album accompagné d’un groupe ça sera un truc métal je pense.

Tu as énormément tourné dans la région, enchaînant autant les premières parties à la Cartonnerie que les petites festoches du coin, tout en vaguant également dans les MJC.  Et à chaque fois, tu ramènes avec toi un public complètement conquis.  Comment ça se passe quand tu joues dans des coins où personne n’est au courant de ton existence ?

C’est justement ce que je cherche à faire, jouer ou personne me connaît. Pour gagner du public ! C’est mégacool d’avoir tout le monde qui te back quand t’es à la maison mais c’est encore plus cool de gagner des supporters et de s’exporter. Petits festoches ? J’aurai plutôt dit gros bordels entre le Cabaret Vert l’an dernier et Musical’été y a un mois en passant par le Narvalo Show j’ai plutôt officié dans des trucs imposants ! (et je remercie les organisateurs encore une fois). Quand personne connaît mon taff ça se passe majoritairement très très bien car je millimètre mon show au détail près et surtout je sais où je vais, j’ai une musique plutôt violente je vais pas aller rapper dans une kermesse ou une maison de retraite, je ramène de la violence aux amateurs de violence. Et ça marche à chaque fois ! (qui avait plus de basses que moi au Cabaret Vert ? hehe)

D’ailleurs n’as-tu pas envie de t’exporter d’avantage du côté de Paris ? Tu as travaillé en featuring avec pas mal d’artistes. Raconte-nous comment ça se passe. Qui démarche qui ?

Bah si grave, ça y est c’est fini Reims, dans 2 mois max je suis plus là, je joue quasiment plus à Reims, alors profitez tant que je suis là après je m’envole LAULE. De toute façon, Paris c’est limite obligatoire la France c’est trop centralisée sur la capitale. J’ai envie de m’exporter partout où je pourrais, je vais pas me limiter à Paris ! Pour l’instant je raconte rien (à toi je peux si on en parle en face on est amis) parce que « trop parler peut tuer » et surtout je préfère garder la surprise et rien annoncer qui ne se ferait pas

N’as-tu jamais tenté les rap contenders ?

Ça m’a diverti quelques fois mais sinon j’aime pas. Je suis pas pour l’idée de participer à un clash ou battle je suis trop mauvais. Concours de rap/freestyle/textes/prods, ça par contre ça peut me dire.

Crédit photo : Portrait Craché

Raconte-nous la grosse session freestyle qui s’est déroulée récemment sur Reims et qui a réunit pas mal de monde de la scène rémoise underground. Qui est à l’initiative de ce projet ? Le but étant de promouvoir les artistes locaux du coin ?

C’est l’idée de Noto, qui voulait faire un truc un peu genre « Rentre dans le cercle » si je me trompe pas (faudrait lui demander) mais c’est parti en Cypher. Je pense qu’il a demandé à Sans Tord de gérer le son et un peu l’organisation et ça c’est un peu déroulé comme des freestyles qu’ils faisaient chez Zooin à Châlons (j’ai participé à la deuxième édition d’ailleurs). En gros on a réunit des beatmakers (dont moi) on a chacun envoyé 10 prods, les rappeurs (peut être 20 25) on choisit les prods et c’est parti en freestyle simplement. J’ai présenté Noto à Syncope Prod pour qu’ils s’occupent de la vidéo et se fassent un répertoire et ils ont collaboré avec Tsurihitõ pour capturer les images. Le but c’est tout niquer je crois.

Comment se passe la Montgaulerie à l’heure actuelle ? Il y a des petites têtes qui commencent à sortir du lot comme CDS (Créance de son), Yougzbae, N.O.T.O ou encore Thahomey. Que peux-tu nous dire sur la « nouvelle génération » ?

La montgaulerie n’est jamais finie ! La nouvelle génération fait très plaisir en terme de qualité de rap et choix artistique pour les clips et les prod et SURTOUT en niveau solidarité. S’ils continuent comme ça on pourra très bientôt placer Reims sur la carte du Rap. Méga bisou à ceux que t’as cité mais aussi à tous les autres je vais pas citer les blazes y en a trop mais je les booste tous même les moins jeunes qui sont de ma génération !

L’album physique tout beau tout propre c’est pour quand bordel ? D’autres dates de concert de prévues ?

Rentrée 2018 ! J’ai quelques dates cet été histoire de garder la forme : le 28/07 à Vendresse (08), le 05/08 à Paris, le 11/08 au Parc Saint Bruno à Croix Rouge, plus d’autres qui vont certainement s’ajouter par la suite, de toutes façons je mets tout dans la section évènements de ma page fasboque.

Pour la rentrée y aura d’autres dates plus grosses histoire de défendre l’album ! Mais chut pour l’instant !

Un petit mot pour la fin ?
Feu 

Crédit photo : 3OIGT


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2 Comments

  1. Pire Mastaa 22 juillet 2018 at 17 h 27 min

    Cimer de l’interview bisou

    Reply
  2. Melanina 22 juillet 2018 at 17 h 53 min

    Terrible! J’ai keaffé l’interview!

    Reply

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