Ride Di Vibes : Chapter I

Yo les bro’ ! What’s up ? Tout le monde passe ou a passé de bonnes vacances ? Perso, j’étais fauchée comme les blés mais j’ai réussi à bien me demmerder haha.
Alors cette interview… Par où commencer… Il aura fallu 3 mois à Tom et Thias (Mais surtout Tom) pour me la faire parvenir. Mais qui sont ces gars ? Encore une fois, mon rapport avec les applications de rencontres fait bien les choses. J’ai rencontré Tom sur adopteunkeum, on est devenus potos et du coup je me suis intéressée à sa vie, ses hobbies. Il s’avère qu’avec 2 de ses meilleurs potes, ils s’amusaient à se prendre pour des renois en ponçant tous les endroits ragga-dancehall de leur ter-ter (Tours) et ensuite de la capitale. Forcément au bout d’un moment, ils ont commencés à s’intéresser d’avantage à la culture qui englobe ce genre de musique et à passer leurs sons un peu partout. Vu que, de base, ce style de sons n’est pas ma tasse de thé mais que je suis une fille curieuse, après plus de 10 ans d’analyse sur les réseaux je me suis dis que ça pourrait être grave cool de les interviewer et d’avoir leurs avis sur la culture jamaïcaine, les soirées qu’ils organisent, la place des femmes qui pour certains semblent être d’avantage dégradée dans ce milieu, etc…
Alors voilà, ils m’ont pondu des réponses bien fournies, qui nécessitera le découpage de l’interview en 2 parties (la suite bientôt), histoire que vous ne lâchiez pas l’affaire au bout de la 4ème question (Et pour ne pas vous exploser les pupilles). Je remercie encore mon poto Bastien de m’avoir aidé dans mes axes de réflexions. J’espère que cela vous plaira !

Les garçons comment ça va à Paname City ?

Bien, très bien même. Des hauts et des bas selon les années, mais ça ne cesse de progresser, donc… « It’s a good look » comme on dit ^^

Racontez-nous d’où vous est venu cet amour pour la musique reggae/ragga-dancehall et toute la culture qui l’entoure.

Disons peut-être comme beaucoup d’entre nous, la culture musicale arrivant par les parents, la famille etc, ça a été par la découverte des grands classiques comme The Wailers, Jimmy Cliff, The Gladiators, LKJ, Burning Spear

S’ensuivent des évolutions musicales personnelles, par la découverte de nouveaux artistes tout aussi talentueux. Petit à petit, tu te rends compte que cette musique est hyper riche et que l’industrie musicale Jamaïcaine était super prolifique ! De là, commencent à se développer chez chacun des styles un peu différents : Thias dans le côté plutôt « rub a dub », Pec dans le deep roots, et Tom un peu plus tard plutôt new roots et dancehall.
Arrive ensuite le vinyl-shop « African Heritage« , où passe, clairement, la totalité du peu d’argent que des gamins de 16-17ans peuvent réussir à collecter, pour collectionner des 45 tours ! haha

On a appris beaucoup de choses en échangeant avec des gens, en écoutant la musique surtout, et à travers les magazines, les films, jusqu’à finalement nous rendre sur place, en Jamaïque… Et d’y retourner régulièrement.

Qui a eu l’idée de monter ce petit collectif ? Pourquoi Ride Di Vibes ? ? Vous vous définissez comme acteur de la scène sound system .. Pouvez-vous également nous éclairez sur votre approche de cette culture car elle est large de nos jours ( sound system dub, techno/ sound clash/ jugglin sound )

Le collectif a été créé vers 2004 par Pec et Thias, la box de vinyle devenant suffisamment importante pour imaginer les jouer en public, et non plus uniquement dans nos chambres haha ! Quand au nom officiel « Ride Di Vibes« , c’est en 2005, lors de l’enregistrement du premier dubplate pour le collectif, avec le Jamaïcain John Wayne (RIP), qu’il a bien fallu se trouver un nom !
Après avoir mis de côté les blazes bien clichés qu’on aurait eu du mal à assumer 10ans plus tard lol et pressés par la session d’enregistrement arrivant… Un truc du genre Riding Vibes nous avait été suggéré. Comme à cette époque, les aprem skateparks et les parties de Tony Hawk sur console étaient régulières, ces ambiances, cette liberté, on trouvait que ça allait  bien avec notre personnalité, et du coup on l’a légèrement modifié pour mieux se l’approprier, et voilà !

Tu as raison concernant la scène « sound-system », elle est tellement segmentée dans ses définitions que l’on peut s’y perdre. Pour faire bref, le terme sound-system peut désigner la sonorisation le “système de son” (les fameux murs, communs à tous les styles que tu cites par exemple, le “system”), ou bien un collectif, un crew, avec ou sans sonorisation. Dans notre cas, nous ne possédons pas de sono, et on a pas eu souvent l’occasion de jouer dans des lieux types « dub corner ». Notre approche est vraiment centrée sur la sélection musicale et l’animation propre à la culture Jamaïcaine, le « juggling » comme tu l’as cité. Le « selecta » enchaîne les sons et le « MC » les arguments permettant un échange avec le public. Les emmener, les faire rigoler, crier, taper contre les murs, passer des messages, c’est ça notre but!

Notre second kiff c’est les soundclash. Cette guerre musicale à base d’enregistrement exclusifs (dubplates) qui, comme dans un match de boxe, doit mettre KO le sound adverse. C’est un moment où l’aspect entertainment véhiculé par les sound system atteint son max et où seul le public est juge : la connexion entre le sound et ce dernier est alors primordiale. On encourage d’ailleurs tout le monde à y aller au moins une fois dans leur vie car ce sont des évènements assez uniques en leur genre

Vous n’aviez pas peur à l’époque de rentrer dans le sale cliché des babtous rastas qui font style de ? Comment êtes-vous arrivés à vous faire respecter et à apporter une certaine crédibilité où pour une fois, c’est aux blancs d’affronter le regard des autres ?

Peut-être qu’on y était un peu qui sait ? lol Au début ? Non ? lol. Cette musique est super variée, reggae-dancehall on a tendance à le réduire à certains thèmes, alors qu’en fait ça parle de la vie, donc ça parle de tout. Autre point important : cette musique n’a pas de frontières, donc en fait le cliché sur les blancs etc, c’est instrumentalisé par des esprits fermés, les vrais zikos, les artistes, le public, s’en foutent de ta couleur, si tu joues bien, que ce que tu montres sur scène ou en studio vaut le coup, on te respecte, et non pas pour ce que tu es, mais pour ce que tu fais, pour cette musique, et pour les gens qui l’écoutent.

Expliquez-nous ce qu’est un « dubplate » et comment vous voyez cette industrie.

Très concrètement c’est un morceau exclusif, que seul ton crew peu jouer. Une chanson existante, dont les paroles sont modifiées (très souvent à la gloire du sound, ou sur un autre thème que celui-ci veut développer sur scène ou ailleurs), ou un morceau complètement nouveau que l’artiste souhaite promotionner. L’artiste enregistre sur l’instrumentale (riddim) originale ou bien sur une autre, au choix du sound, ce qui donne toute l’originalité au morceau, et une identité particulière au sound via ses sélections de morceaux exclusifs.

Niveau business : c’est une industrie tout aussi florissante en Jamaïque haha ! Les prix demandés par les artistes ou les “middle-men” : ces contacts plus ou moins sérieux qui peuvent permettre d’obtenir ces morceaux auprès des artistes ou des studios peuvent varier du tout au rien!! Certains trouvent même que c’est un peu comme le cour de la Bourse…. La “hype” peut faire grimper le prix demandé par un artiste, alors que quelques mois plus tard, le morceau tant demandé pourrait re-tomber aux oubliettes.

Ainsi, tout sound system, par ses dubplates, peut se constituer une “box” à base de “specials” d’artistes foundations, qui pour certains nous ont fait venir au reggae, de jouer les morceaux/artistes du moment pour surprendre leur public, ou bien faire découvrir de nouveaux artistes, et promotionner ainsi leur musique.

Racontez-nous comment vous procédez pour vos mixtape, vos covers et autre ? Je vous ai vu aller directement à la rencontre de certains artistes en Jamaïque pour produire certains de vos sons. Comment le premier contact s’effectue ? Avez-vous déjà eu des mésaventures au sein de ce pays ou dans d’autres d’ailleurs ?

Pour les quelques mixtapes réalisées, Thias s’est occupé de quasiment tout, du design de la cover, aux arrangements de mix/mastering, c’est un autodidacte !

Exemples :

—— Ride Di Vibes Sound Present : New Roots Riding Vol.2
Strickly 2012 New Roots (Ride Di Vibes qui joue du New Roots quoi haha)
Download Link :

1 TRACK : http://www.mediafire.com/file/al9dyq1334be5bj/New+Roots+Riding+Vol.2+2k12+-+Ride+Di+Vibes+Mixtape+%233.rar

TRACK PER TRACK : http://www.mediafire.com/file/t537tcbm0kwgq5p/New+Roots+Riding+Vol.2+2k12+TRACK+-+Ride+Di+Vibes+Mixtape+%233.rar

YOUTUBE :

———Ride Di Vibes Sound Present : New Roots Riding Vol.2
Strickly 2012 New Roots
Download Link :

1 TRACK : http://www.mediafire.com/file/al9dyq1334be5bj/New+Roots+Riding+Vol.2+2k12+-+Ride+Di+Vibes+Mixtape+%233.rar

TRACK PER TRACKhttp://www.mediafire.com/file/t537tcbm0kwgq5p/New+Roots+Riding+Vol.2+2k12+TRACK+-+Ride+Di+Vibes+Mixtape+%233.rar

YOUTUBE :

La dernière en date, “Soundation Mixtape” est un projet réalisé par Tom, en collaboration avec le Straight Up Sound et un gros travail de DJ Bus’High sur les arrangements. Elle est réalisée 100% Dubplates, sortant des 2 “box” : Ride Di Vibes et Straight Up Sound. Le thème étant surtout des séries de grands riddim “classic”, allant du roots reggae au digital.

“Soundation Mixtape”

Download Link :

1 TRACK : http://www.mediafire.com/file/nlw9tyq0gw38zdg/Soundation+Mixtape+%28Straight+Up+Sound+%26+Ride+Di+Vibes%29.mp3

YOUTUBE :

Pour les contacts en Jamaïque, on aurait pu demander des contacts aux “grands”…Mais on aime bien se débrouiller tout seul tant qu’on le peut 😉

Après avoir travaillé avec différents studio sérieux (mais chers pour nos petits moyens) et esquivés quelques arnaques par des contacts peu recommandables, Thias a fini par faire la rencontre (y compris sur place, en Jamaïque) d’un très bon ingénieur ayant monté son propre studio, connaissant ou ayant des contacts avec la grande majorité des artistes présents sur l’île, avec qui nous travaillons depuis plusieurs années, et qui nous accueille chez lui lorsque nous sommes à Kingston. Big Up Legend au passage, et nous avons aussi tissé des liens direct avec certains artistes, ce qui facilite grandement les choses !

Côté mésaventures, lorsque les liens ne pouvaient se faire que par internet (avant les premiers voyages du sound en Jamaïque) l’arnaque est possible, heureusement pour nous on s’en est toujours sorti, mais lorsque tu organises des sessions d’enregistrement y compris pour d’autres sound, qui te font confiance, cela peut être stressant ! Sur place à partir du moment où tu es carré, que tu as ton projet, et que tu taff avec des gens sérieux, ça se passe bien, en tout cas pour nous !

Avez-vous déjà collaboré avec des artistes français ou autre également ? J’ai vu pendant un temps que vous souteniez à mort l’artiste Bazil par exemple. Quelles sont vos principales influences ? (France et monde entier)

Au niveau de nos sélection et de l’enregistrement de dubplate, au fil des années on a commencé à se spécifier plus jamaïcains il faut l’admettre, mais toujours dans un soucis d’apporter un truc différent, car les sound français qui promotionne les artistes français sont déjà hyper nombreux et depuis très longtemps (Blues Party, Panam, Stéréo Earthquake…). Après, en tant que Sound System FR, venant en plus de Tours (capitale du reggae FR en ce moment disent certains hahaha), y’avait des artistes INCONTOURNABLES pour nous a promotionner et avoir “dans la box” : Brahim, Bigga Ranx, Bazil, Mighty Ki La et Maylan pour ne citer qu’eux. Il correspondent aussi aux premières années de l’histoire du sound et sont des rencontres importantes dans notre ville d’origine. Brahim est une fondation à Tours, il “connaît tous ses classiques”, Bigga était le plus jeune deejay FR à l’époque, Bazil et Maylan sont des bons amis.

La rencontre avec Bazil est particulière et typique du travail d’un sound : nous découvrons un talent chez un “ptit jeune” l’emmenons en studio pour ses premiers enregistrements, avec nous il fait ses premiers show, ses premiers dubplates… et s’ensuit pour lui une belle aventure, de voyages, de rencontre, de taff avec des producteurs, label, musiciens qui lui ont encore plus apporté, il a sorti un 2e album, un 3e attend de voir le jour, nous lui souhaitons le meilleur ! Long life Mista B !

Pour ouvrir sur le côté musical, “Lokal” “FR” “Jam”, nos regards se tournent en ce moment vers la Guyane, ou les productions et les artistes se rapprochent un peu plus de la Jamaïque à nos oreilles. Sans pour autant délaisser certaines pépites, comme LMK dernièrement, qui ira loin c’est sûr !

C’est quoi une journée de boulot/production au sein de Ride Di Vibes ? Vous avez quand même des vies qui n’ont rien à voir sur le côté il me semble.

Concrètement, plutôt qu’une journée, c’est surtout une nuit haha ! En effet et malheureusement, il n’y a aucun sound Français à notre connaissance qui ne vive de l’activité unique de son sound, donc nous avons en effet des taff à côté : Thias dans la publicité digitale (ce qui aide beaucoup sur la communication du sound), Pec à une boite de communication sur Tours il est aussi graphiste et Tom dans l’administration… C’est pour ça que c’est lui qui rédige cette interview haha.

Une fois nos journées de travail passées, c’est le moment d’aller écouter les nouvelles sorties musicales et se procurer les sons, d’imaginer les futurs dubplates ou de mixer/masteriser les derniers enregistrés, de contacter les promoteurs pour d’éventuels booking et ,sans oublier, l’organisation d’une soirée parisienne pour laquelle nous sommes nos propres promoteurs, la “Up Like Friday” qui nous prend beaucoup de temps. Ca fait beaucoup de taf pour une si petite équipe ! Pour nous Ride Di Vibes Sound c’est aussi une aventure entre copains, et d’autres viendront toujours nous y prêter main forte…

J’ai toujours été assez éloigné de ce genre de musique, même si je l’apprécie beaucoup de loin, mais l’ambiance dans ces soirées me laissait toujours perplexe. Notamment d’un point de vue féminin. Quand on voit la danse « le daggering » j’ai du mal à penser que l’image de la femme est totalement respectée alors qu’apparemment, c’est tout l’inverse.

C’est clair que la culture là bas est différente ! Donc le regard occidental peut s’y tromper. L’ambiance peut être électrique, mais la musique qui y passe parle de “la vie”, avec tout ce qu’elle comporte de bien, de mal, de difficultés… Et les gens viennent en soirée pour dépasser tout ça justement ! Les différents pas de danse, les “steps” évoluent, et le mode de danse aussi : dans les année 60-70, danser de façon hyper proche, face à face homme-femme, c’était déjà “osé” pour l’époque, puis plus tard, lorsque la femme se tourne, présentant “son dos” à l’homme, c’était pire ! Le daggering est allé encore plus loin dans les 2010’s c’est tout haha… Après les modes vont et viennent, tout le monde ne “dagga” plus forcément aujourd’hui par rapport à avant, et surtout personne n’y est obligé ! En soirée sound system une femme qui ne souhaite pas être approchée par tel ou tel homme le fait bien savoir, et gare au “forceur”…

Sur l’image de la femme c’est vrai, les texte peuvent être “crus”, mais la “poésie” jamaïcaine peut être ainsi, et ce n’est pas nouveau, un bel exemple pour répondre à ceux qui dirait que “la nouvelle génération ne respecte plus rien” : The Heptones “Fatty fatty” : 1976, et bien d’autres… L’industrie de la musique n’a rien à envier aux autres milieux, c’est un monde d’hommes en majorité, et comme il est difficile pour tout le monde de se faire un nom, ça l’est d’autant pour les femmes… Mais beaucoup de chanteuses talentueuses et à fort caractère ne se gênent pas pour répondre aux hommes et développer leurs thématiques.

 

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Suite et fin de l’interview ce dimanche 26 août !

 

 

 

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