« Y’A PAS DE COULEUR »

À l’heure où je vous écris cet article, je ne suis qu’à quelques jours de mon déménagement pour revenir dans ma ville d’adoption : ROUEN CITY BEACH.
Je l’ai quitté pour essayer d’évoluer dans ma vie personnelle et professionnelle mais ce départ a été un petit échec je dois l’admettre mouhaha.

Tout d’abord, j’ai quitté mon précédent emploi que j’adorais, avec une équipe/collègues géniaux, mais qui ne rentrait pas complètement dans mon domaine d’activité principale (Pour ceux qui me rejoignent, j’ai un cursus scolaire et professionnel en tant qu’assistante communication/community manager dans les musiques actuelles – en gros je m’occupe de la com dans des salles de concerts ou principalement dans des structures à caractère musical – Ce genre d’endroit)
Déjà, déménager dans une ville hors cadre scolaire, c’est une toute autre dynamique. J’ai choisi de bouger sur Lyon car j’ai des amis dans cette ville et qu’au bout d’une semaine de tourisme, j’avais décroché 7/8 entretiens dans des boulots alimentaires type vendeuse prêt à porter. Donc je m’étais dis que trouver un petit job d’appoint  le temps d’en trouver un dans mes cordes serait plutôt facile. ET BIEN NON COUILLONNE QUE JE SUIS haha.

Je ne vais pas citer les magasins dans lesquels j’ai bossé ou juste passé un entretien, mais j’ai découvert une chose que je n’avais jusque-là pas vraiment subit dans ma vie : LE RACISME. Enfin je crois qu’on peut employer ce terme. Ou DE LA DISCRIMINATION À L’EMBAUCHE. Je n’arrive pas vraiment à trouver le terme correct pour ce qui s’est passé. Bref.
Une chose à savoir. J’ai été adoptée. Donc toute ma famille (enfin du moins ce qu’il en reste) est blanche. Excepté mon frère qui vient de Madagascar, mais tout le monde est blanc. J’ai passé mon enfance à faire de la danse au Conservatoire jusqu’à mes 13/14 ans. Tout se passait bien jusqu’au jour où mes rêves de danseuse étoile de la street ont été évincés par ma prof de l’époque qui avait dit à ma mère « que les noirs n’avaient pas leur place dans le monde de la danse classique ». Ni une ni deux, ma mère m’a retiré de là et on en était restées là. Je viens d’un milieu ouvrier, avec peu de moyens, et ma famille n’était pas du genre à porter plainte et à engager des avocats pour dénoncer des injustices. On faisait profil bas et c’est tout.
Premier job à Lyon et rien à dire. Même si l’équipe managériale laissait fortement à désirer (et que j’ai posé le premier arrêt maladie de toute ma life parce qu’ils nous poussaient quand même bien à bout avec leurs conneries), j’ai bien aimé y travailler car je me suis fait des potes bien cool et qu’entre nous, l’ambiance était plutôt bonne. Contrat fini, j’enchaine un deuxième job en tant que vendeuse pap dans une enseigne que j’affectionne. Et là, tout se passait bien, je faisais bien mes ventes, et j’apprends qu’on ne renouvelle pas mon contrat car ils ont soi-disant fait de la merde dans d’autres contrats en parallèle. (Je remplaçais une fille en congé maternité donc je ne comprenais pas en quoi ma place posait problème). Mais quelques temps après, j’apprends que le superviseur de ce magasin n’a pas kiffé ma gueule et que je ne correspondais pas « à l’image de marque du magasin ». Je ne comprends pas. On est là pour faire du chiffre ou quoi ? Mais mon style clairement posait problème. Je peux bien entendre qu’avoir une fille avec la moitié du crâne rasé et de l’autre côté des dreads qui pendouillent, avec deux piercings au nez puissent déranger dans certains milieux (On ne voyait pas mes tatouages car nous avions un « uniforme » qui me permettaient de les cacher) mais dans un milieu où l’on prône l’originalité, la diversité, dans des campagnes de pub internet ou autre, ça me dépassait un peu.

Mais le plus dur a été certains entretiens. On m’avait conseillé de ne pas mettre ma photo sur mon CV. Chose que j’avais suivi à la lettre. Je me suis retrouvée à me présenter à des entretiens où on ne me croyait pas quand je me présentais. Du style « Ah mais c’est VOUS Julie ? ». Et bien oui c’est moi connasse. Mais ce qui est le plus revenu, après avoir expliqué mon parcours professionnel ou autre, c’était cette magnifique phrase du style « Alors moi personnellement, j’adore votre style. Vous avez un profil très compétent, vous avez fait plein de choses, mais avoir un personnel à la peau BASANÉE, je vous le dis, ça peut choquer notre clientèle. ».
Basanée ? For reeeeeaaaaaal bitch ? Et là c’est la douche froide. Vous ne savez pas si vous devez pleurer, rire jaune, vous chier dessus histoire de laisser une trace avant de partir, frapper du poing ou autre (ou juste casser la gueule à la personne en face de vous). On m’a demandé aussi si je voulais bien couper mes dreads, retirer mes piercings, même si « ce ne sera plus vous je vous l’accorde et c’est bien dommage, mais pour les clients et l’image du magasin, ce sera plus facile ». Concernant mon style, je veux bien faire des efforts. J’entends par là que si demain, vous me proposez un poste de rêve dans mon domaine et que le seul voire dernier critère d’admission c’est de couper mes veuchs ou autre, je le ferais sans hésiter. Mais si c’est pour un CDD de 2/3 mois chez Pimprout ou Ikkkoua, baaaaaah en fait non. Juste non. Depuis quand l’apparence prime avant les compétences ?
Je ne comprenais pas pourquoi je voyais dans les lookbook de ces enseignes, des meufs tatouées, percées, ou autre, avec des cheveux vert, violet, et que moi, ma couleur de peau et mes cheveux étaient si dérangeant. Je ne fais pas partie des hippies-sarouels-bolas-champotte que ma chevelure peut évoquer. Je m’habille principalement comme une Morticia de Brazzaville. Tout simple. Tout noir. Une petite base.  Je me disais qu’à Paris, je n’aurais eu aucun souci à trouver un emploi. Mais à Lyon, ça posait clairement soucis.

Après avoir passé une 15zaine/20taine d’entretiens, qui se sont tous clôturés pour la plupart sur la question de ma couleur de peau, j’ai décidé d’arrêter de me battre. Ce n’est pas dans ma nature de baisser les bras mais, je n’avais jamais connu ça auparavant. On m’avait déjà recalé à des taff pour manque d’expérience ou autre, mais jamais pour mon style ou ma couleur de peau. Et surtout de le dire OUVERTEMENT, sans complexes en fait. Décontracté du gland. Sans pression.
Ce nouveau racisme décomplexé, on m’en avait parlé et je me le prenais en pleine face. Et ça faisait mal un peu.
Concernant les taff dans mon domaine, on m’avait clairement dit que Lyon était une ville compliquée pour se faire un réseau. J’ai postulé dans une salle de concert alternative en tant que barmaid où l’on m’a recalé car j’étais trop vieille. 27 ans. Trop vieille. Pour servir à boire. Lol.
On m’a clairement dit aussi « si t’es pas présenté par un lyonnais, c’est compliqué. Nous, on fonctionne par clans, on reste entre nous ». Et bien restez entre vous. Cette mentalité ne me plaisait absolument pas et j’ai donc fait le choix de revenir.

Mon ancien boulot m’a repris les bras grands ouverts, et QUEL PLAISIR. Quel bonheur de savoir que des gens vous font CONFIANCE, vous apprécie pour ce que vous êtes ENTIÈREMENT et sans chichis. Car oui, question confiance en soi, j’en avais pris un sacré coup. Remise en question, crise d’angoisse, des crises de pleurs solo dans mon appartement. Et quel plaisir de revenir par le biais d’un shooting haha je trouve que c’est un beau retour à la maison !
J’avais déjà entendu parler du taff de Justine, que je suis activement sur les réseaux, et c’est sans hésitation que j’ai décidé de participer à celui-ci pour le What’s Up Rouen, un petit magazine mensuel qui raconte ce qui passe dans le tieks.
On a shooté à la galerie d’art contemporaine, le Hangar 107. Amaury nous a accueilli comme des princesses, j’ai fait la connaissance de Cindy la maquilleuse et de Justine, qui est une personne extrêmement drôle et sympathique. Cela m’a fait énormément de bien et je remercie Justine pour m’avoir mise en total confiance et pour tout ce qu’elle est en générale. De retour à la maison avec des personnes VRAIES, avec mes ami(e)s qui m’ont montré tout leur amour et leur enthousiasme face à mon retour. Merci vraiment. Je reste une femme sensible wallah alors toutes vos petites attentions, vos mots me vont droit au cœur.

 

Bref, encore une fois j’ai claqué un pavé. J’en suis désolée. Mais au moins, les choses sont dites. Lyon reste une très belle ville. Mais elle ne me correspondait pas tout simplement je pense à certains niveaux. Et c’est aussi un des derniers shootings avec cette coupe de cheveux. J’ai fait le choix de tout couper. Non pas pour trouver plus facilement un boulot, mais juste parce qu’après cette année du darkness, j’avais besoin de renouveau, de changement, et ces dreads ont une histoire, mêmes plusieurs histoires, qu’il vaut mieux ranger dans un coin pour le moment. Mais ça, j’en parlerai dans un autre article 😉
Jusque-là, portez-vous bien et restez vous-même. N’empêchez personne d’être qui vous êtes, de la tête aux ieps. Parole de gitane.

 

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